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الخميس 21 سبتمبر 2017
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Sept vies, le film: par la peur et l’illusion, Ben Ali gouvernait

Comment devient-on nostalgique d’un régime dictatorial ? Jusqu’à quel point la machine de propagande du régime de Ben Ali a-t-elle fonctionné ? Et quels en sont encore les effets dans la psyché des Tunisiens, moins de quatre ans après la chute de la dictature ?

Lilia Blaise et Amine Boufaied, réalisateurs du film « Sept vies»,  abordent la construction du personnage Ben Ali, celui d’un mythe bâti autour du culte de la personnalité.

 Tourné durant l’été 2014 et projeté pour la première en Tunisie au centre culturel Madart à Carthage, le système de propagande de l’ancien régime est passé au crible, à travers les témoignages d’un anthropologue, d’une psychologue, un militant longtemps emprisonné, un père de martyr et bien d’autre, esquissant chacun les contours du régime déchut.

D’angoisse et d’illusion, c’est sur ce subtil mélange que Ben Ali gouvernait, à travers un pouvoir sans partage qui s’étendait sur le tout pays, fait de crainte et de sentiment de sécurité. Incontournable, le fameux 7, chiffre fétiche de l’ancien dictateur, était autrefois le symbole omniprésent dans le paysage tunisien. Durant vingt-trois, son portrait surplombait les grandes avenues du territoire. Un visage qui après plus de deux décennies, n’a pas pris une ride, ni même un cheveu blanc à près de 70 ans….

Une image tronquée de la réalité

 Partout, mais à l’étranger surtout, les architectes du régime diffusaient l’image d’un pays stable, en paix, fait de plages de sable fin et de fêtes. Un sentiment d’insouciance qui a pu longtemps faire consensus et a permis à beaucoup de fermer les yeux sur les exactions de la dictature, la face cachée d’une représentation idyllique, aux détails parfaitement contrôlés.

La propagande a construit dans les esprits l’idée d’un régime fort, centralisé, mais qui dans les faits, était plus fragile qu’il n’en paraissait. Le chiffre avancé de 150 000 policiers par exemple, est sans doute faux selon l’un des protagonistes du documentaire. Ce chiffre a permis de faire croire à l’existence d’un régime ultra policier et très sécurisé.

De la nécessité de mettre des mots sur les maux

Dans le film « Sept vies », des citoyens tunisiens, à travers leurs témoignages, racontent leur ignorance quant à la torture pratiquée par le régime.

 « On a tous un voisin, un cousin qui a été victime de la répression mais la peur et honte empêchent de le reconnaitre » confie l’un des intervenants du film.

Dans le film toujours, un homme présente deux photos de lui, l’une avant son arrestation, le visage jeune. Le second portrait montre un homme aux traits vieillis. Il avait passé dix-huit ans dans les geôles de l’ancien régime pour son militantisme. 

Ou encore ce père de martyr qui attend la justice. « Pourquoi voudrais-je de l’argent ? Pour manger ? J’ai perdu le goût de la nourriture depuis que mon fils est mort. Ce que j’attends c’est qu’il y ait une conscience de ce qui s’est passé, de retrouver une dignité. Mon fils est bien mort, il était un être humain comme les autres. Pourquoi n’y-a-t-il pas eu justice ? ».

 

Que répondent alors les nostalgiques du benalisme à leurs compatriotes victimes de la torture, de la spoliation, du pillage de l’ancienne mafia au pouvoir ?

 

A l’heure où des artisans de l’ancien régime refont surface en toute discrétion, s’introduisant dans le jeu électoral, après avoir fait profil bas, par crainte d’être emportés par la vague révolutionnaire de janvier 2011, le film « Sept vies » sonne comme un rappel de ce qu’était le benalisme.

 

Le film n’a pas la prétention d’apporter des réponses mais plutôt de lancer un débat public, en mettant des mots là où personne encore ne l’a vraiment fait. La dépression post révolution, se traduit non pas par un sentiment d’attachement à l’ancien régime mais davantage un besoin de retour à la stabilité. La sortie de « Sept vies » coïncide avec le contexte politique, où l’amnésie d’une partie de la population fait la part belle aux ex-RCDistes qui profitent de la confusion actuelle, faite de désillusion, de sentiment d’insécurité et de peur du déclassement.

Comment accepter leur retour quand justice n’a toujours pas été rendue ?  Les dernières victimes du régime Ben Ali ne sont peut-être pas les blessés et martyrs de la révolution de janvier 2011, mais sans doute tous ces Tunisiens qui aujourd’hui le regrettent, pâtissant encore des effets de la propagande, du mirage qu’il avait savamment construit.

 

Rafika Bendermel

 

 

Retrouvez “Sept vies” sur facebook. 




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