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السبت 18 نوفمبر 2017
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Mirage d’égalité

القطار

À El Guettar, à quelques kilomètres du désert, les femmes se sentent parfois bien seules. Surtout quand leurs droits sont peu reconnus ou bafoués. Parmi elles, nous en avons rencontré deux : Fatma et Moufida. Deux visions de la vie, reflets de deux générations.

Comment considérer la femme en 2015 ? Sait-elle qu’elle a des droits ? Se considère-t-elle comme l’égal de l’homme ? Ces questions méritent d’être posées. Bien sûr, des lois allant dans le sens des droits des femmes ont été votées. Mais qu’en est-il en réalité ? Où en est l’égalité hommes-femmes ? Pour répondre à ces questions, nous avons rencontré deux femmes de différentes générations. Fatma Abidi, soixante-quinze ans, femme au foyer et MoufidaAlioui, cinquante-cinq ans, professeur de français au lycée d’El Guettar.

Limites à la liberté

Commençons par remonter quelques années en arrière. Un bond dans la passé avec la rencontre de la vieille dame. Pour mieux comprendre le contexte dans lequel Fatma a évolué, nous l’avons questionné sur la situation des années 1950 dans le Sud tunisien. Elle raconte : « On n’avait pas le droit de parler ni de critiquer ni même encore de choisir notre chemin, surtout dans la région d’El Guettar ». Émue, elle se souvient : « A treize ans, on m’a mariée. Je jouais dans la rue, je n’étais pas au courant. Mon futur mari allait être mon cousin ». Premier contraste avec Moufida qui, elle, a eu la possibilité de choisir son mari. Elle mesure sa chance : « Ma famille m’a donné la liberté de choisir mon époux mais aussi mon chemin, d’être maîtresse de mes choix ».  À vingt-cinq ans, elle épouse donc un professeur de sport à El Guettar.

« Ma jeunesse a été gâchée »

Fatma reprend la parole. Elle nous parle des moyens de loisirs durant sa jeunesse : « La femme n’avait pas le droit de sortir, ni seule, ni accompagnée et les seuls loisirs étaient de s’occuper de la maison et des enfants ».Moufida constate un changement aujourd’hui : « Désormais, on a le droit de partager les responsabilités dans la maison ». Pourtant, encore aujourd’hui, Fatma n’a pas cette liberté. Elle regrette son enfance et son adolescence, dénuées d’amusement et de responsabilités : « Ma jeunesse a été gâchée ».

Coutumes différentes

La différence entre les deux femmes ne tient pas qu’aux propos. On la constate aussi physiquement et dans la façon de se comporter. D’un côté, la vieille dame, aux courts cheveux blonds et gris, dans la pénombre de la grande maison rue Khlil Ahmed. Maison traditionnelle dans laquelle Fatma a passé le plus clair de sa vie, à l’abri du monde extérieur, entre protection et isolement. Chez Moufida, c’est très différent.  Elle nous accueille détendue, avec son mari et son petit-fils, prête à répondre aux questions à deux pas d’un grand jardin lumineux. Leur manière de s’habiller diffère aussi : l’une en habits traditionnels, le hram, et l’autre plus moderne.

« Il ne faut pas dépasser les limites ! »

Deux mondes. Deux femmes différentes. L’une éteinte, l’autre active et forte, déterminée à laisser entendre sa voix dans un monde dominé par les hommes. Car c’est un fait et il ne constate pas qu’à El Guettar : malgré les évolutions des droits de la femme, la femme tunisienne ne bénéficie pas de tous les avantages de la loi, traditions obligent. C’est bien là le problème : au-delà de la différence de générations, grandir dans une famille et une société très traditionnelle et fermée d’esprit influence toute une vie. La vision optimiste de Moufida n’est pas innocente, elle qui vient de vivre la révolution citoyenne dont Fatma ignore jusqu’à l’existence. D’ailleurs, elle se veut claire : « Il n’y a pas d’égalité jusqu’à maintenant. C’est notre vie, on va rester comme ça, c’est notre tradition, il ne faut pas dépasser les limites ! ». Son regard fuyant et attristée parle pour elle : pour Fatma, l’égalité est bloquée. Pour Moufida, elle est empêchée aussi mais vouée à évoluer. Étapes par étapes. Doit-on attendre une autre révolution pour réellement constater un réel changement dans les droits accordés aux femmes ?

Souhir Ben Mahmoud et Raafet Slim

Avec l’aide à la traduction d’IklassYagoubi

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