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Maroc: sous le sable et les palmiers, la torture et l’arbitraire, entretien avec Khadija Ryadi

Khadija Ryadi, militante marocaine des droits humains, récemment récompensée par le Prix Mondial des Droits de l’Homme de l’ONU, entame actuellement une tournée européenne sur la question des droits humains au Maroc. Elle avait fait une sortie remarquée en refusant publiquement les félicitations du roi Mohamed VI quand à la récompense pour son engagement militant.

Après une première étape à Bruxelles, son intervention à Paris au sein de la Maison de la Suède, s’est retrouvée compromise dans un premier temps. La raison est, selon la militante, l’intervention des services marocains véhiculant l’information disant que l’Association Marocaine des Droits Humains (AMDH), dont est membre Khadija Ryadi, a inscrit dans ces statuts son engagement contre l’antisioniste. Rappelons que le sionisme a été reconnu comme une idéologie fasciste en 1975 par l’Assemblée Générale des Nations Unies. Entretien.

« Au Maroc, les choses bougent et avancent malgré quelques retours en arrière. Les avancées significatives se font sous la pression internationale des ONG ou au sein de la société civile marocaine à travers des partis politiques, des manifestations, des marches.

La lutte est ardue au Maroc dans la mesure où certaines puissances étrangères ferment les yeux sur les exactions commises par le régime, et notamment la France.

Actuellement au Maroc, le pouvoir fait circuler l’idée que tout va bien, grâce au soutien d’anciens militants actuellement au gouvernement. Le tout avec la complicité des Etats européens et en particulier de la France. Les liens coloniaux perdurent. Les élites françaises profitent de l’absence de transparence pour investir des marchés et vendre des choses dont les Marocains n’ont pas besoin comme des armes ou le TGV. Il y a un alignement du Maroc sur la France qui est totale. Par exemple le survol d’avions militaires français au-dessus du Maroc lors de l’intervention au Mali. Nous, les Marocains, n’étions même pas au courant. Nous l’avons appris par un Ministre français à la télévision ! Et Nicolas Sarkozy n’a pas écouté le peuple marocain lors du vote de la Constitution dont il a félicité les résultats. La France considère l’Afrique comme son territoire ». 

En 2011, à la faveur du « Printemps arabe », la contestation gronde, des milliers de citoyens sortent dans la rue.

L’image désespérée que donnait la jeunesse avant 2011 se partageait entre  partir en Europe, devenir islamiste, se droguer, et l’élite qui étudie. Le 20 février 2011 a contribué au changement, marquant l’engagement massif de cette jeunesse à travers des manifestations, des communiqués de presse. Cela a demandé un travail social au préalable en formant les jeunes militants à l’engagement dans les quartiers populaires. Tout le monde est sorti dans la rue mais ça n’a pas duré à cause de plusieurs facteurs. Tout d’abord l’élaboration d’une nouvelle constitution et la formation d’un nouveau gouvernement. Les gens ont perçu le gouvernement islamiste du PJD (Parti de la Justice et du Développement) comme ayant les mains propres et se sont dit qu’il fallait lui laisser du temps et attendre de voir ce qu’il allait faire. De plus l’évolution régionale de la situation en Libye et en Syrie a fait peur aux Marocains. Le pouvoir en place et les médias qui lui sont inféodés ont utilisé cette peur d’une potentielle guerre civile pour calmer les manifestants. Vu de l’extérieur, ils ont présenté cette transition politique comme étant un passage pacifique ».

Heureusement, tous les pays arabes qui ont connu des bouleversements n’ont pas sombré dans la violence, la Tunisie vient de voter sa nouvelle Constitution et l’alternance politique s’est faite pacifiquement.

« La Tunisie est un exemple encourageant car avant cela les islamistes avaient pris le pouvoir partout. La Tunisie apparaît comme un laboratoire politique, un exemple à observer.  Au Maroc, malgré que le mouvement se soit affaibli les gens ont changé, ils ont moins peur ».

A Lyon, la rencontre avec Khadija Ryadi s’est déroulée dans de bonnes conditions au sein de l’Institut d’Etude Politique (IEP) contrairement à Paris puis à Montpellier, comme en témoigne la vidéo ci-dessous.

« Des militants pro régime essaient d’empêcher le débat en France sur les réalités de la situation des droits humains au Maroc » a déclaré Boualem Azahoum, militant de longue date. Et pour cause, le Maroc n’est pas en reste sur la question de la répression et des violations des droits fondamentaux et ce depuis l’indépendance du royaume à la fin des années 1950. « Dans les années 1960-70,  ce sont des années de plombs qui ont vu l’arrestation, la torture et la disparition de nombreux prisonniers politiques. Les familles des victimes ont commencé une lutte pour leur libération. Ce fut la base des mouvements des droits humains dans le pays. En 1979 l’AMDH est créée, mais elle est interdite dans les années 1980. Au tournant des années 1988-90, la possibilité de la lutte est acquise et a porté ses fruits. De plus la conjoncture internationale marquant la fin de la Guerre Froide place la question des droits humains au centre des problématiques internationales. Le Maroc devient un pays cible » résume Khadija  Ryadi.

Le pays connait une ouverture, la majorité des prisonniers politiques sont libérés, les militants exilés reviennent. La Maroc inscrit dans sa constitution des clauses sur les droits humains. Il ratifie plusieurs conventions internationales sur l’élimination de la torture, les discriminations à l’égard des femmes, la protection des enfants, les droits des migrants. Aux yeux de certains militants marocains, ces concessions sont interprétées comme une façon de préparer l’arrivée de Mohamed VI au pouvoir en cherchant à apaiser le climat social. On note tout de même un renforcement des acquis hérités des années de lutte. « Dans les années 2000, c’est un retour vers les pratiques du passé. Le Code de la Famille maintient l’oppression sur les femmes. Néanmoins sur le web une presse se créé et poursuit la lutte multipliant le taux de lecteurs vers ces médias indépendants. De fait on voit une répression contre les journalistes et les manifestants en général ».

 

Etrangement, le « Printemps arabe » qui a secoué la rive sud de la Méditerranée, semble ne pas avoir bouleversé outre mesure la monarchie marocaine. Dans la « presse mainstream », c’est une image d’un pays apaisé, sortant d’un consensus politique, où il fait toujours bon vivre et où les touristes restent les bienvenus, qui est véhiculée. Exit alors les manifestants réprimés. Faire taire la contestation, née notamment autour du « Mouvement du 20 Février » essentiellement composé de jeunes, en procédant à la dissolution du gouvernement et en mettant en place des élections législatives. Une façon dont de noyer le poisson et de court-circuiter la révolte qui prend de l’ampleur, en faisant jouer le suffrage sous couvert de « principes démocratiques ». Quant aurait-il été si  Ben Ali avait décidé de mettre en place des élections plutôt que d’avoir recours à la répression comme ce fut le cas ?

En attendant, la colère a dépassé la peur. Et quand bien même les violations des droits persistent ainsi que l’arbitraire, la colère s’exprime tout de même, de façon sporadique certes.

Nombreux alors sont les enjeux auxquels font face les activistes marocains : lutte contre les arrestations arbitraires, la prostitution infantile, l’oppression contre les femmes, les droits économiques et sociaux et surtout l’indépendance de la justice qui reste « le secteur le plus corrompu » dans un pays où près de la moitié de l’économie est entre les mains de la famille au pouvoir, maintenant des pratiques aussi archaïques que le « baisemain royal », encore en vigueur de nos jours.

Les Marocains sont davantage considérés comme des « sujets du roi » que comme des citoyens vivant dans un Etat de droit.

Ecrit par Rafika Bendermel

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