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الأربعاء 20 سبتمبر 2017
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Journée Mondiale de la Démocratie ou mémoire de poisson rouge

Ce 15 Septembre 2014, nous célébrons, comme chaque année, la Démocratie. Modèle de société s’il en est (on en doute un peu, beaucoup, passionnément, pas du tout), la Démocratie est l’enjeu actuel de la Tunisie. Que l’on ne se mente pas, la tant commentée urgence économique ne remplacera pas les problèmes d’une société ankylosée.

Dans six semaines se tiennent les premières élections législatives du pays depuis la révolution. On se dit que la démocratie est en bonne voie dans ce pays du Nord de l’Afrique, continent sur lequel cette autorité du peuple a tant de mal à voir le jour (on se passera ici d’en pointer les causes).

Quoi qu’il en soit, ce qu’on peut en tirer des expériences européennes montre qu’une démocratie est une lutte permanente. Non pas que les droits sont acquis, mais que le peuple a les outils légaux pour revendiquer et améliorer sa propre condition. On sait qu’une démocratie n’est pas : « Mais Monsieur/Madame, vos libertés vous vont à ravir ! » mais plutôt : « Tiens, prends donc tes acquis dans la gueule et descend dans la rue ». Une démocratie demande une conscience politique et sociale, et une culture d’elle-même.

 

On a entendu « Dignité et justice sociale ». On peut d’ors et déjà affirmer que tous les tunisiens ne se battront pas pour la « justice sociale » tant le régionalisme se conforte ici et là, tant la méconnaissance réciproque des citoyens des deux Tunisies est criante. On cherche alors la « Dignité ». Où est-elle ? Les enjeux de la Tunisie de 2014 ne diffèrent en rien de ceux qui ont amené la révolte de décembre 2010, on a juste le droit d’hurler à la mort qu’on déteste le pouvoir et que de toute façon, tout est d’avance de la faute de celui qui se montrera.

Les élections approchent, et, malgré « Daech », le monde entier regarde (aussi) la Tunisie.

Pourquoi ? Parce que nous avons relégué les autres Révolutions arabes au rang de petites révoltes sans lendemain (à quelques exceptions près !). Parce que la Tunisie est un peuple non violent. Et parce que, osons le dire, la Tunisie n’a pas de pétrole qui jaillit de son sol (pour le moment), donc les enjeux économiques sont relativement moins crispants pour les acteurs internationaux.

Pourquoi la Tunisie ? Parce que l’Egypte (l’autre printemps) a donné naissance à un énième autocrate usant de tous ses moyens pour acquérir sa légitimité. Parce que là-bas, les idéaux qui ont mené les Egyptiens dans la rue ont été supprimés de toute actualité médiatique, de manière fort diplomatique d’ailleurs, par les médias mêmes qui insistaient sur les mots Démocratie et Liberté. Là-bas, on emprisonne à tour de bras, on condamne à mort, on interdit, on bafoue. Mais, son rôle auprès des conflits successifs engageant l’État d’Israël et la Hamas surpasse de loin les revendications passées d’un peuple de… 80 millions d’âmes.

 

Célébrons donc cette Journée Mondiale de la Démocratie en Tunisie, où un pareil mot a quand même bien plus de chances de s’enraciner. Il est vrai, ici-bas, que toutes les chances sont mises sur la table. Il n’y a qu’à demander aux habitants eux-mêmes, le phénomène prend de l’ampleur et on ne se cache même plus.  À Lafayette ce samedi, un vendeur à qui je demandais une poubelle pour y jeter ma gazouz car « il n’y a pas de poubelle dans la rue », me répondit avec grande arrogance qu’ « Avec Ben Ali, il n’y aurait pas de saleté dans les rues.

–          Ah. Répondis-je. Donc tu souhaites qu’il revienne ?

–          S’il revient, je crie ‘’vive Ben Ali’’ et je voterai pour lui.

–          Ah. Et tu as oublié ce qu’il se passait avant ?

–          Avant tout allait bien.

–          Tu préfères avoir une rue sale ou ne pas pouvoir t’exprimer?

 

–          Avant les gens parlaient, et ne parlaient que de la vérité. Aujourd’hui ils parlent mais c’est tout.

Mémoire de poisson rouge je vous disais. Je suis parti après lui avoir demandé s’il était déjà allé à Gafsa ou à Kasserine voir comment les gens vivent. La réponse, c’est la même à chaque fois : un « non » suivi d’un commentaire négatif sur les gens de la région. On connaît la chanson, à force. Heureusement, ma colère a pu passer par la suite, lorsque je racontais cet incident à un taxiste. Normalement les taxistes aiment Ben Ali et souhaitent à plein mot son retour (pour mieux se plaindre ?). Celui-ci m’a juste dit qu’il n’allait pas voter. Aucun des grands partis n’allaient changer sa vie de toute façon.

Les journaux aussi en parlent : La Presse du 14 Septembre, dans article intitulé “Voter pour qui, pour quoi?” de Mohamed Jaibi, questionnait sur la raison qu’ont les Tunisiens de souhaiter le retour d’un dictateur. Nos confrères Lila Blaise et Amine Boufaied sortent un documentaire, 7 vies (projeté à Paris le 19 Septembre et à Carthage le 28) sur ce sujet.

Nous savons que le désordre (social comme sécuritaire) n’aide pas la démocratie, mais

à quoi pouvait-on s’attendre ? Et bien je crois que beaucoup s’attendaient à recevoir tout cuit dans le bec la réponse à ce qui les a poussé à descendre dans la rue.

Le temps de la révolte paraît si loin…

 

Depuis deux ans, le parti islamiste Ennahdha concentre toutes les rancœurs et frustrations. Tandis que les pontes de l’ancien régime, tapis dans l’ombre depuis de la fin de la dictature, réapparaissent. Hommes d’affaires pour beaucoup, tentant de se racheter une virginité politique en intégrant les partis, à grand renfort de soutien médiatique, médias dont ils sont souvent les propriétaires. Mémoire de quoi déjà ?

Voilà, et pendant ce temps là, un ancien Ministre de Ben Ali se présente aux présidentielles de Novembre. Un autre rentre au pays, accueilli en héros, après avoir été blanchi. Et les procès des responsables des tueries de la révolution sont comme lettre morte.

 

Démocratie on vous dit.

 

 

Ecrit par Paolo Kahn

 

Crédit photo: Paolo Kahn / Tunisie Bondy Blog




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