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الجمعة 15 ديسمبر 2017
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Comment nos grands-parents faisaient la cour

De nos jours, internet a complétement changé nos rapports aux autres. Par exemple la rencontre entre deux individus. Le web permet de se livrer complétement tout en gardant son anonymat. Mais comment alors faisaient nos aïeux pour se rencontrer, faire connaissance, se séduire ?

Déjà, dans la péninsule arabique au VIème siècle, on écrivait des poèmes, appelés « suspensions » pour accrocher le cœur de l’être aimé. Sur les murs de l’enceinte sacrée de la Kaaba à La Mecque, des poèmes illustraient les sentiments amoureux des artistes et poètes. Un point de rencontre des amoureux qui permettaient aux tourtereaux de déclarer leur flamme. L’équivalent ancien du « mur facebook » !

Depuis ce temps-là, beaucoup ont eu recours à tous les moyens pour faire des rencontres, allant parfois même jusqu’à la planification et la mise en scène pour surprendre leur « cible » ! Il fallait être ingénieux, dans les sociétés traditionnelles où rencontrer le sexe opposé dans l’espace publique relève de la gageure ! Même nos ancêtres, nos grands-parents, les anciennes générations qui nous ont précédées se devaient d’être créatives afin d’échapper des yeux des curieux.

“Un jour, j’ai dû m’improviser maçon afin de rencontrer la fille qui me plaisait. Et ce n’était pas sans mal. Par exemple, j’avais quelques difficultés avec la prononciation du mot “silbaha” (un bout de bois qui sert à caler l’échafaudage). Je n’arrivais pas à prendre au sérieux ce job, je  trouvais ça drôle, ça me faisait rire.”

Plongé dans ses souvenirs, Si Moncef Aissa, 63 ans, la barbe maladroitement rasée, une combinaison rouge qui lui servait dans son travail de maçon, l’homme avait un discours très moqueur. Sans hésitation, il confie qu’à son époque, c’était presque impossible de rencontrer la personne aimée, ou simplement rencontrer quelqu’un.

 Il fallait donc trouver un prétexte, une histoire crédible permettant de laver tout soupçon : “On invente l’occasion, on ne l’attend pas. Pour moi, j’étais dans l’obligation de jouer le rôle d’un maçon pourtant j’ignorais tout de ce métier. J’avais accompagné mon cousin qui était chargé de faire des aménagements au niveau du toit de la maison de la fille que j’aimais. Le tout sans qu’elle le sache. Après avoir expliqué à mon cousin le but de mon travail avec lui, il ne m’a rien demandé en termes d’effort. Je restais alors sur le toit, des heures durant, le regard fixé  sur la cour de la maison, scrutant chacun de ses passages. Je passais des heures ainsi afin de gagner quelque secondes. Mais un jour je me suis lassé, je ne suis plus retourné la voir. C’est ainsi que je suis devenu maçon !”

 

Hajja Fatma Ladab, âgée de 82 ans, raconte qu’elle s’est mariée à l’âge de quinze ans et que son mari était plus âgée qu’elle, d’une différence de 13 ans.

Elle n’a jamais rencontré son mari avant le mariage, la première fois qu’elle l’a aperçu, elle jouait avec ses amies sur une dune de sable non loin de sa maison : ” J’étais trop jeune. Il est passé devant notre maison et il m’a regardé, j’ai senti qu’il y avait quelque chose qui se préparait. Et puisqu’il était l’ami de la famille, mon père ne voyait pas de problème.”

Fatima avoua qu’à son époque les filles audacieuses rencontraient leur amoureux, sur les chemins qui menaient au puits, ou encore lors de la cueillette de branches sèches qui servaient à allumer du feu pour cuisiner. Restant à distance, les hommes utilisaient cette ruse afin d’être discrets. A l’époque plus encore, un rendez-vous galant n’était pas toléré. “Mais pourtant, les femmes étaient douées pour inventer des excuses” se remémore Hajja Fatma.

Un Gafsi raconte: “Plus une femme était amoureuse et plus sa maison était propre!” Le lien entre les deux? “Il fallait qu’elle aille au puits pour chercher de l’eau pour faire le ménage chez elle. C’était une excuse pour elle pour aller voir son homme!”

Annonces dans les magazines et « coupons de correspondance », les ancêtres des sites de rencontre.

 

Mr Zouhaiyer. B est employé. La cinquantaine et père de deux enfants, il indique qu’en son temps, sans internet, ce n’était pas évident de faire des rencontres. Néanmoins, il existait d’autres moyens, ancêtres des sites de rencontre tel que Meetic, et ce, une génération plus tôt.

Dans les magazines par exemple, les adresses et les photos étaient affichés sur des pages spécifiques, des personnes du grand Maghreb et des pays du Golf entraient ainsi en contact. Mais la méthode la plus connue à cette époques-là était “les coupons de correspondance”.

” Les coupons – réponses étaient très connus dans le Sud tunisien au début des années 1980. Ils appartenaient à une société suédoise qui s’appelait ” IYS : International Youth Service”. Ces coupons-là avaient commencé à relier entre eux, les jeunes de l’Orient et l’Occident. C’était vraiment pratique au niveau des échanges culturels, allant parfois jusqu’aux échanges de cadeaux et même des visites. En ce temps-là les coupons coûtaient chers pour nous. Cela s’élevait à 10 dinars. On pouvait obtenir ces coupons-là de la Poste après avoir rempli un formulaire et parrainé par un ancien abonné. Après avoir suivi ces étapes, on pouvait finalement choisir l’âge, le sexe et la nationalité des personnes avec lesquelles on souhaitait correspondre. Et plus la liste des personnes sélectionnées était importante et plus le prix augmentait.”

 

D’après Zouhaiyer, les coupons de correspondance étaient utilisés au départ pour draguer. « Par la suite, vue le flux de lettres envoyées, plusieurs de mes  amis se sont mariés à travers ce moyen, surtout les personnes qui maitrisaient la langue anglaise, ce qui était rare à notre époque. Il y a aussi des familles que je connais et qui se sont retrouvées à travers les coupons, se rendant régulièrement visites. Aujourd’hui encore, même leurs descendants sont devenus amis. Ces coupons ont servi d’une certaine façon à ce que le sud Tunisien soit connu ailleurs à l’étranger ».

 Propos recuillis par Marwen Ksira




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