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mardi 24 avril 2018
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A Sidi Bouzid, les élections passées, la déception reste profonde.

 Les résultats des élections législatives du 26 octobre 2014 ont montré la dichotomie existante au sein du pays, entre régions du nord et du sud. La polarisation du territoire tunisien s’est construite autour des deux grands partis politiques qui ont dominé la campagne électorale, Ennahdha au sud et Nidaa Tounes au nord. Entre le nord et le sud, les événements qui ont secoué le pays depuis la révolution de 2010-2011 n’ont pas été vécus de la même manière. Et le ressentiment d’être « laissé pour compte » est très fort dans les régions intérieures du pays. Au final, le grand gagnant du scrutin a été sans doute l’abstention. Reportage à Sidi Bouzid.

Le point de départ de la révolution tunisienne, le décès de Mohamed Bouazizi qui s’est immolé devant le gouvernorat de Sidi Bouzid, le 17 décembre 2010, a provoqué la chute de la dictature de Ben Ali et le démantèlement de son parti politique, le Rassemblement Constitutionnel Démocratique (RCD) omniprésent dans la vie politique tunisienne. Depuis, manifestations, martyrs, terrorisme, élections, ces quatre dernières années n’ont pas épargné les Tunisiens durant cette période qui fut intense.

A Sidi Bouzid, la joie a envahi la ville durant les premiers mois de la révolution, à l’instar de toute la Tunisie, dans l’espoir que tout allait changer : développement, liberté, travail et dignité… Mais dès les premières élections d’octobre 2011, les perspectives d’avenir se sont assombries avec l’apparition de ce qu’on appelle le « terrorisme » : partis de droite, partis de gauche, pratiquants et non pratiquants, salafistes, événements de Chaambi… Les divisions se multiplient.  

« Pendant ces trois années, les citoyens ont espéré que la plupart des jeunes chômeurs qui étaient l’essence de la révolution  trouvent leur place dans la vie. Et ce grâce au travail et au développement promis par les partis politiques, qui ne se souviennent d’eux que quelques jours avant les élections mais rien ne s’est réalisé » confie Hassen, jeune Bouzidi de 30 ans, devenu technicien supérieur en maintenance industrielle après 6 ans de chômage.

Lors des dernières élections législatives, l’absence de participation des jeunes a été très remarquée. Pourtant le matin du 26 octobre, les cafés et les rues étaient remplis de jeunes contrairement aux dimanches ordinaires. Moncef (il s’agit d’un pseudonyme, il a refusé que son nom apparaisse dans l’article), un responsable de l’ISIE, indique que les bureaux de vote étaient ouverts dès 7 heures du matin, et ce jusqu’à 18 heures : « Tout le monde a le droit de voter et les jeunes étaient les bienvenus, c’est leur avenir qui est entre leurs mains ».  Néanmoins les observateurs ont remarqué que le taux de participation des personnes  âgées  est plus élevé que celui des jeunes.

Trois jours après le scrutin, les résultats sont publiés. Divers avis circulent dans la ville. Certains considèrent que les anciens du RCD sont revenus sous la couverture du parti politique qui est sorti vainqueur, Nidaa Tounes. D’autres refusent totalement de reconnaître les élections, considérant que rien ne va changer. Les trois années précédentes vont-elles se répéter ces cinq prochaines années ?

Un nouveau paysage politique s’est dessiné après les résultats des élections législatives. Faouzi, 45 ans, enseignant dans le primaire, était très en colère en parlant des résultats : « Il faut que les jeunes se réveillent et participent au vote, les RCDistes, il faut les écarter du politique. Même si les nouveaux partis politiques n’ont pas réussis à amorcer un changement dans tous les domaines, c’est mieux que l’ancien régime parce que s’ils gagnent ce sera l’enfer à nouveau. Leur but c’est la vengeance sur peuple tunisien qui s’est soulevé. Surtout Sidi Bouzid, le point d’origine de leur chute».

Par contre, Wael, jeune diplômé chômeur, refuse totalement de participer au processus électoral : « J’étais l’un des premiers participants de la révolution. Du 18 décembre jusqu’au 27, les Bouzidis étaient sous un siège total, la ville était totalement encerclée par la police. En octobre 2011, les premières élections étaient un festival. Tout le monde était fier de voter et on a reçu des promesses de développement pour la ville. Mais ce n’était que des paroles en l’air, balayées avec le vent dès que la visite des politiciens s’achevait. Pourquoi donner notre confiance à nouveau? Pour nous trahir une autre fois ? Rien ne change en rien en tout cas, si je vote ou pas ».

Propos recueillis par Chaker Hajbi




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