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mardi 24 avril 2018
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Faut-il limiter la liberté ?

Depuis la Révolution de Jasmin, la parole s’est libérée dans le pays. À Gafsa et sa région, où l’emblématique usine de phosphate fait rêver les sans-emplois, des sit-in se tiennent depuis plusieurs semaines. Analyse d’un phénomène inenvisageable avant 2011.
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Le sit-in, un phénomène qui s’est beaucoup propagé après la révolution arabe.Et véritable symbole de liberté d’expression en Tunisie. Dans le cadre de revendications contre le chômage, nous sommes allés à la rencontre de la manifestation pacifique des jeunes chômeurs de la région de Lala, à quelques kilomètres de Gafsa. Sur place, un groupe de jeunes qui installent des tentes et dressent sans contraintes des slogans contre le chômage mais aussi la négligence de l’État. Ici, la liberté d’expression se déploie. En contrepartie, elle a pour conséquence le blocage de tous les accès qui mènent vers les usines et les sociétés productrices de la ville, donc blocage de l ‘économie tunisienne. Dans quelle mesure alors la liberté peut-elle se déployer ? Peut-on tout dire, tout exprimer sans craindre de nuire à autrui ?Pour mieux comprendre le phénomène, nous avons rencontré deux personnes directement touchées par cette actualité. M.N.,d’abord, un jeune de 26 ans diplômé en informatique et WahidMagtouf, fonctionnaire pour le Groupe Chimique Tunisien empêché de rejoindre son bureau depuis deux mois. Interviews croisées

 

Quelles sont les causes du sit-in ?

 

M.N : On est des habitants de Lala et on vit dans l’obscurité totale. On souffre de la pauvreté, du chômage et la négligence du gouvernement, qui nous ignore. À travers cette manifestation, nous revendiquons notre droit à avoir un emploi.

 

Dans quelle mesure croyez-vous que le sit-in est une bonne solution pour résoudre le problème du chômage ?

 

MN : Nous avons participé à plusieurs réunions, avons déposé plusieurs demandes mais personnes nous a répondu. Nous sommes mécontents et le sit-in reste le moyen pour le faire savoir.

 

Wahid Magtouf : En réalité, ce phénomène de sit-in a alimenté la crise, en compliquant la situation. Oui, je demande au gouvernement de faire cesser ces démonstrations au plus tôt. L’arrêt de la production du phosphate a beaucoup diminué nos salaires ! Je conseille vivement aux protestataires de s’adresser directement aux autorités régionales…

 

Avez-vous pensé à contacter les autorités régionales ?

 

MN : Bien sûr nous les avons contacté. M. le Maire nous a même promis d’élire un jeune porte-parole dans chaque manifestation, pour représenter ses collègues et dialoguer avec le Ministre de l’Emploi afin de trouver un arrangement.

 

Combien de temps vont durer ces protestations ?

 

MN : Pour le moment, on est dans l’attente. On attend que les autorités tiennent leurs promesses. Nous campons sur nos positions. En cas de refus des autorités, nous n’hésiterons pas à aller plus loin.

 

Le sit-in ou des formes de protestations plus fortes sont-ils selon vous un bon usage de la liberté d’expression ?

 

MN : Bien sûr que oui, la révolution m’a offert le droit de protester, de manifester pour exercer une pression sur le gouvernement.

 

Wahid Magtouf : Je demande aux citoyens de ma région de garder les pieds sur terre. De ne pas trop rêver…et de ne pas attendre trop de la part du gouvernement. Je crois que la liberté d’expression n’est pas toujours synonyme de sit-in ou blocage d’usines. Demander un emploi de manière civilisée sans empêcher les autres de travailler, c’est plutôt ça pour moi la liberté d’expression.

 

La Tunisie a beaucoup changé. Depuis la révolution, des moyens d’expression différents sont déployés à travers le pays. Les unss’exprimentvia les médias, les autres manifestent devant les grands dirigeants et d’autres encoreréalisent des sit-in, en bloquent les accès aux usines et entreprises. Chacun use de la liberté pour défendre sa cause. Au mépris parfois du proverbe« La liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres ».

 

 

Khouloud Bouzaien et Soulef Harathi

 




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